Medvi : Comment deux personnes ont construit une arnaque à $400M que personne n'a pu arrêter
L'histoire de Matthew Gallagher, d'un IA qui rend la fraude gratuite, et de pourquoi les autorités sont arrivées trop tard.
Mai 2025. Un chercheur tombe sur quelque chose d'étrange sur Facebook. Des centaines de profils de médecins qui font la promotion d'une application appelée Medvi. GLP-1 en ligne. Perte de poids rapide. Tous ces profils sourient du même sourire. Tous portent les mêmes blouses. Les mêmes poses. Trop similaire pour être vrai.
Maggie Harrison Dupre de Futurism décide de creuser. Elle cherche ces médecins. Essaie de les trouver dans les registres d'ordre professionnel. Rien. Zéro résultat. Elle regarde les photos de plus près. Trop parfaites. Les oreilles ont des angles étranges. Les dents sont trop régulières. Ce sont des images générées par IA. Elle continue. Elle trouve des avant/après de perte de poids. Femmes qui ont perdu 20 kilos en trois mois. Transformations radicales. Elle reverse image search les photos. Et là : elle découvre que ces images ne sont pas nouvelles. Elles circulent sur Reddit depuis des années. Mais les visages ont changé. Elle publie en mai 2025. "Medvi is using AI-generated doctors and deepfaked patients to sell GLP-1." C'est une bombe. Le document que tu lis là, tu le lis parce qu'elle a creusé. Et puis rien. Medvi continue.
Tu veux savoir qui est derrière ? Un mec ordinaire. Matthew Gallagher, 41 ans, de Los Angeles. Avant septembre 2024, personne n'a jamais entendu parler de lui. Pas de startup antérieure documentée. Pas de formation publique en médecine, en tech, en rien. Juste un gars qui s'ennuyait. En septembre 2024, il lance Medvi depuis son appartement avec 20 000 dollars. C'est tout ce qu'il investit. Il ne crée rien lui-même. Il ne code pas vraiment. Il n'a pas d'équipe. Il a juste une idée : créer une interface de vente et laisser quelqu'un d'autre gérer la médecine. Et voilà ce qui change tout : il utilise des outils IA pour automatiser chaque partie du processus qu'un vrai entrepreneur embaucherait des gens pour faire. Il embauche son frère Elliot. Deux employés total. Ils louent les médecins à une plateforme appelée CareValidate. Ils louent la pharmacie à une autre appelée OpenLoop. Medvi ? C'est juste le devant. La page que tu vois. Le marketing. La relation client. Et neuf mois plus tard, en avril 2026, le New York Times annonce qu'il a généré 401 millions de dollars en revenus.
Mais comment deux personnes gèrent 250 000 clients ?
Ils ne les gèrent pas. Les machines les gèrent. Quand tu arrives sur le site Medvi.io, tu cliques sur "Start your consultation." Tu remplis un questionnaire. Nom, email, poids actuel, poids objectif. Tu dis que tu pèses 150 kilos et que tu veux en peser 80. Un formulaire valide ta réponse. Automatiquement. Pas de médecin qui regarde. Pas de question : "Êtes-vous sûr ?" Juste : validation.
Ce formulaire, c'est Typeform. Un outil standard d'enquête. Sauf que ce formulaire ne valide rien vraiment. Il approuve tout. C'est Make (anciennement Integromat) qui configure ça. Make c'est un outil qui crée des workflows automatisés. Un client tape sa réponse → Make la transfère automatiquement à OpenLoop → OpenLoop crée une prescription → Twilio envoie un SMS → Postmark envoie une facture. Personne n'a dit oui. Personne n'a dit non. Juste : la machine approuve. Le client paie 299 dollars. Première facture. Puis auto-renouvelée chaque mois. S'il appelle pour poser une question ? Intercom. C'est un chatbot. Probablement scripté par ChatGPT. "Comment puis-je t'aider ?" "Où est ma commande ?" "Votre commande est en chemin." C'est une usine sans travailleurs. Mais pour que ça fonctionne, tu as besoin de clients. Beaucoup de clients. Et c'est là que ça devient malsain. Les clients arrivent via Facebook. Ils voient une annonce. "Vous avez entendu parler de Medvi ?" L'annonce les redirige vers une landing page. Sur la landing page, il y a une photo de femme avant/après. Ou un témoignage vidéo. "J'ai perdu 15 kilos en trois mois. Medvi a changé ma vie." Voix naturelle. Intonation convaincante. Pas de robot. Sauf que la voix est générée par ElevenLabs, un outil de synthèse vocale IA. Le script a été écrit par ChatGPT. Le visage qui parle est deepfakée par Runway, un outil de transformation vidéo IA. Rien dans cette vidéo n'est réel. Mais ça marche parce que ça SEMBLE réel. Les images avant/après ? Runway aussi. Gallagher prend des photos de perte de poids réelles qui circulent sur Reddit depuis des années. Il utilise Runway pour faire un face-swap. Le corps reste le même (la physique est réelle). Le visage change (c'est un deepfake).
Futurism et Business Insider découvrent plus tard qu'il y a 800+ profils de médecins sur Facebook. Tous générés par Midjourney. Gallagher reconnaît lui-même au New York Times qu'il utilise Midjourney pour "générer les images et vidéos pour les annonces publicitaires." Mais Midjourney ne crée pas juste n'importe quoi. Si tu lui dis "generate a doctor," tu obtiens une image ridicule. Mais si tu optimises le prompt, tu obtiens une photo professionnelle. Blouse blanche. Stéthoscope. Sourire confiant. Affiliation fictive écrite par ChatGPT : "Johns Hopkins Medical School, Class of 2012. Board-certified in endocrinology." Tout faux. Mais crédible.
Meta trouve 5 000+ campagnes publicitaires actives en avril 2026. Chaque annonce avec un copywriting légèrement différent. Variations. Assez pour que Meta ne les détecte pas comme duplicates. Assez pour qu'un client qui voit trois annonces différentes pense que c'est trois médecins différents qui recommandent Medvi. Ici il faut que tu comprennes quelque chose de fondamental. Avant Medvi, frauder à cette échelle coûtait une infrastructure énorme. Tu as besoin d'acteurs pour les témoignages vidéo. Tu as besoin de spammeurs humains. Tu as besoin de support client. Ça coûte millions. Et c'est lent. Et c'est risqué parce que des humains parlent. Gallagher ? Il a automatisé tout ça. Midjourney c'est 20 dollars par mois d'abonnement illimité. Runway c'est 20 dollars. ElevenLabs c'est 11 dollars. ChatGPT c'est 20 dollars. Make c'est 99 dollars. Typeform c'est gratuit. Twilio c'est du paiement à l'usage. Total : environ 170 dollars par mois en logiciels. Avec ça, tu peux générer 10 000 profils de médecins. 50 000 annonces. 1 000 vidéos de témoignage. Et tout ça tourne 24/7 sans qu'il fasse rien.
Fin 2025, Medvi a 250 000 clients. Chaque client paie 299 dollars le premier mois, puis auto-renouvelé. 250 000 × 299 = 75 millions par mois en revenus. Pour l'année 2025, Medvi prétend 401 millions. Le New York Times le vérifie. C'est réel. Profit net ? 16.2%. Soit 65 millions en profit. Avec deux employés. Tu sais ce que le New York Times n'a pas vu en lisant ça ? Que ça semblait impossible. Que c'était trop beau pour être vrai. Mais il y a une raison pourquoi c'était possible : parce que la plupart des acteurs importants sont externalisés. Les médecins ? Pas Medvi. CareValidate les fournit. Medvi paie 40-50% des revenus à CareValidate pour ça. La pharmacie ? Pas Medvi. OpenLoop fabrique et expédie. Medvi paie une commission. La conformité réglementaire ? Censément OpenLoop. Mais personne n'a vraiment vérifié. Le marketing ? Ça c'est Medvi. Et c'est là que la fraude est massive.
En mai 2025, Futurism expose tout. Les faux médecins. Les deepfakes. Les taux de conversion gonflés. Gallagher répond : "We've updated our marketing practices." Mensonge. Il continue pendant onze mois. Les faux médecins sont toujours là. Les deepfakes aussi. Les 5 000+ annonces aussi. Rien n'a changé. Il sait que Futurism l'a grillé. Il continue quand même. Pourquoi ? Parce que le coût de continuer est zéro. Et les revenus montent.
En février 2026, la FDA envoie une Warning Letter. #721455. Deux violations : fausse attribution de compoundage et allégations d'équivalence FDA inexistantes. Gallagher dément publiquement. "We never received a Warning Letter."
Le 13 avril 2026, la FDA publie la lettre sur son site officiel. Gallagher savait. Il mentait juste. Trois jours après, le New York Times publie son profil. "How A.I. Helped One Man (and His Brother) Build a $1.8 Billion Company." C'est une success story. L'article omet la Warning Letter qui a été émise six semaines plus tôt. L'article omet le data breach OpenLoop qui a exposé 716 000 personnes en janvier. L'article omet les class actions qui s'empilent depuis novembre. Une semaine plus tard, le Times ajoute une note éditoriale. D'accord, on a oublié quelques détails. Mais c'est trop tard. Le narratif s'est cristallisé. Medvi = success story de l'IA. Gallagher = premier milliardaire solo propulsé par l'IA. Et voilà ce que tu dois comprendre : c'est pas une aberration. C'est une fenêtre sur ce qui vient. Parce que l'IA a rendu deux choses possibles. La fraude gratuite. Et la fraude insaisissable.
Comment tu arrêtes 800 faux médecins quand ils sont distribués sur 800 pages Facebook différentes ? Comment tu prouves que Medvi est responsable quand tout est fragmenté sur des services tiers ? La FDA inspecte des sites web. Pas des ad libraries Meta. Les class actions visent les "affiliés marketing". Mais personne ne sait qui paie qui. C'est un labyrinthe. Et Gallagher l'a construit en neuf mois avec deux employés.
En mai 2026, la FTC enquête. Russell Brunson prédit un shutdown Medvi dans 12 mois. Mais Medvi continue à opérer. L'argent rentre. Et tu dois accepter quelque chose : deux personnes avec une pile d'IA viennent d'arnaquer 250 000 clients en neuf mois. Et les outils qu'on a pour les arrêter n'ont pas été assez rapides. Medvi n'est pas une aberration. C'est l'avenir. Et on vient juste de le regarder se construire sans pouvoir rien faire.
Sources
Futurism | New York Times | Techdirt | Forrester | Drug Discovery & Development | FDA Warning Letter | MoneyWise | Business Insider | Deepfakes Medical Disinformation