Disney face à la justice pour l'usage de la reconnaissance faciale
Un procès contre Disney pour de la reconnaissance faciale dans ses parcs. Le problème n'est pas la technologie. C'est que les visiteurs ignoraient son existence.
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Tu arrives au portique de Disneyland. Tu sors ton billet, tu lèves la tête. Un petit panneau avec une silhouette barrée d'un trait signale que tu peux prendre une autre file si tu ne veux pas être scanné. Petit panneau. Endroit bondé. Gamins surexcités autour. Beaucoup de gens ne l'ont pas vu. Et le scan, lui, tournait depuis décembre 2025.
C'est le cœur du procès déposé le 15 mai 2026 en cour fédérale californienne contre The Walt Disney Company. La plaignante, Summer Christine Duffield, une mère de Riverside County, réclame au moins 5 millions de dollars au nom de tous les visiteurs passés par les portiques de Disneyland et Disney California Adventure à Anaheim. Son avocat Blake Yagman l'écrit sans détour dans la plainte. "Le fardeau de la protection de la vie privée ne devrait pas reposer sur la victime."
Le système est simple dans son principe. Quand tu achètes ton billet ou ton pass annuel, Disney enregistre ta photo. À chaque passage au portique, une caméra prend ton visage, le convertit en valeurs numériques et compare avec ce qui est stocké. L'idée officielle, c'est de prévenir la fraude à la revente de billets. Disney affirme supprimer ces valeurs numériques dans les 30 jours, sauf en cas de litige ou de prévention de la fraude. Sauf que la plainte met le doigt sur quelque chose que Disney ne conteste pas vraiment. Les photos originales liées à l'achat des billets, elles, ne disparaissent pas. Elles restent dans la base de données, disponibles à chaque passage. Les 30 jours ne s'appliquent qu'à une partie du dossier.
Ce qui rend l'affaire particulièrement inconfortable, c'est la chronologie. Le système a été testé à partir de décembre 2025, plusieurs mois avant que Disney installe la moindre signalétique d'opt-out visible. La première indication permettant aux visiteurs de contourner le scan n'est apparue au parking Mickey & Friends que le 21 avril 2026. Entre ces deux dates, des centaines de milliers de visiteurs ont potentiellement été scannés sans qu'une seule pancarte ne les en informe. Le 28 avril 2026, le déploiement s'est étendu à la quasi-totalité des couloirs d'entrée. "Seules quatre files étaient épargnées", rapporte Fortune dans son enquête. Autrement dit, tu tombes par défaut dans le scan. C'est à toi de trouver la sortie.
Des visiteurs interrogés ont dit ne "pas réaliser" qu'ils pouvaient éviter le scanner avant d'être déjà dedans. Une mère a décrit un sentiment de malaise quand le système a traité ses enfants. Parce que oui, les enfants passent aussi. Disney réclame un consentement parental pour les moins de 18 ans, mais ça suppose que les parents sachent ce qui se passe, ce que la plainte conteste précisément.
Ce n'est pas la première fois que Disney joue avec les données de ses clients jusqu'à ce que ça tourne mal. En février 2026, le procureur général de Californie Rob Bonta annonçait le plus grand accord sous le CCPA jamais signé, soit 2,75 millions de dollars contre Disney pour avoir mal géré les mécanismes d'opt-out de ses plateformes streaming, Disney+, Hulu et ESPN+. Les utilisateurs ne pouvaient pas correctement refuser la vente et le partage de leurs données. Deux mois plus tard, le même problème refaisait surface, cette fois dans les parcs physiques, avec des caméras aux portiques.
Disney a répondu avec la formule attendue. "Nous respectons et protégeons les informations personnelles de nos clients et contestons les allégations de la plaignante, que nous jugeons sans fondement." Reste à voir ce qu'un tribunal fédéral en fera.
La reconnaissance faciale dans un parc d'attractions paraissait relever de la science-fiction il y a dix ans. Aujourd'hui Disney le fait, sans annonce particulière, avec une signalétique discrète dans des endroits où les gens sont occupés à gérer leurs billets et leurs gosses surexcités. Le consentement dans ces conditions, c'est du consentement de papier. Et le fait que ça se passe dans l'espace du rêve familial rend la chose encore plus inconfortable. Disney a compris depuis longtemps que les gens acceptent beaucoup de choses dans un endroit où ils sont supposés s'amuser.
Sources
Engadget | Hollywood Reporter | NBC News | Biometric Update | Fortune | Washington Times | IDTechWire | Procureur Général de Californie | KTLA | WDW News Today